— Non… Non… Seulement nerveux, absorbé… Et ses yeux étaient si tristes, si tendres…

Elle s’arrête encore… Puis, avec un imperceptible tremblement dans la voix, elle achève :

— Il avait l’air de regretter si fort de partir que, ridiculement, je me suis mise à le supplier de rester, en me blottissant dans ses bras comme un bébé. Il m’a gardée une seconde ; puis, presque violemment, il m’a écartée de lui, disant que je lui laisse faire ce qu’il devait… Et il est retourné dans son cabinet d’où il n’est sorti que juste au moment de prendre le train… Oncle René, je ne sais pourquoi, je suis horriblement tourmentée de lui !…

D’un geste instinctif, elle se rapproche de René, dont elle appelle le secours… Nicole a eu le même mouvement, là-bas… Il n’y songe pas… L’enfant qui marche à son côté, dans l’ombre, est l’unique pensée de tout son être. Nicole n’a été qu’une dangereuse passante en sa vie où elle ne pouvait demeurer… Il dit très doucement :

— Ma chérie, ne vous affolez pas ainsi sans avoir de raison. Est-ce que votre mère est inquiète aussi ?

— Oh ! je ne crois pas… Du moins, elle a tout à fait son air de chaque jour… Cet après-midi même, elle était très gaie avec Mad et Mademoiselle. Aussi je n’ai pas voulu l’agiter en lui parlant de mon impression et je vous ai attendu… comme on attend le plus sûr des amis ! pour que vous vous informiez, que vous jugiez ce qu’il faut faire… Je ne peux pas rester dans cette incertitude !… C’est pour vous le… crier tout de suite, que je suis venue à la gare parce que, aux Passiflores, je n’aurais pas été bien libre de vous en parler… Ah ! mon oncle, maintenant que vous êtes là, j’ai moins peur… Vous n’allez pas repartir tout de suite, n’est-ce pas ?

Ah ! René sait bien maintenant que, s’il dépendait de lui, jamais plus il ne s’éloignerait d’elle… Mais que vont faire les événements de ce rêve merveilleux ?…

XXII

Guillemette avait raison. Mme Seyntis n’est en rien préoccupée de son mari qu’elle est, au contraire, heureuse d’avoir trouvé rempli de tendresse pour elle, pendant les quelques heures qu’il vient de passer aux Passiflores. Elle aspire simplement à le rejoindre, à peine étonnée qu’il l’ait si vivement invitée à profiter des derniers beaux jours à Houlgate ; sans doute, parce qu’il sait à quel point elle jouit d’une paisible vie de campagne, malgré son regret d’avoir André pensionnaire à Paris, victime de la reprise des études.

Elle est trop habituée à lui obéir pour discuter le désir qu’il lui a exprimé à ce sujet ; et ne lisant que peu ou point de journaux, ne voyant personne à Houlgate désert, elle ignore le désastre financier qui menace de l’atteindre et dont il ne lui a rien laissé soupçonner.