Est-ce l’obscur souci qui voile d’une sorte de gravité la ligne souple des traits ?… Elle ne lui semble plus avoir sa figure d’enfant… Elle est vraiment la jeune fille en qui la femme déjà se révèle, mûre pour se dévouer, pour souffrir, pour se donner toute dans l’amour…

Jamais encore, elle ne lui était apparue ainsi… La connaissait-il mal ?… Ou ne savait-il pas la regarder, déchiffrer sur ce visage, dont tous les traits lui étaient familiers, le mystérieux travail de l’être qui se développe, se cisèle en profondeurs et en reliefs, entr’ouvre peu à peu sa fleur pour s’épanouir au large souffle de la vie, ardemment respiré ?

Ou bien a-t-elle changé pendant les semaines qu’ils ont été séparés ? Il a l’intuition que, délivrée des obligations mondaines, dans la solitude d’Houlgate, elle a joui, jusqu’à l’ivresse, de la mélancolique et fuyante splendeur de l’automne ; que, passionnément, elle a vécu en elle-même, puisque, près d’elle, personne n’attirait le don confiant de sa pensée.

Et parce qu’il la voit ainsi, tout à coup, comme en une révélation éblouissante, il se trouve insensé d’avoir — et avec quelle sincérité ! — imaginé qu’elle n’était encore qu’une rieuse petite fille dont il devait s’écarter, conscient du déclin de sa propre jeunesse.

Maintenant, — trop tard, peut-être… — il comprend quels trésors elle lui eût donnés, dans sa richesse de créature neuve qui fût venue à lui en sa fraîcheur, sans prix, de corps, de pensée, d’âme…

....... .......... ...

Au réveil, René ne retrouve plus rien de la fragile sécurité, recouvrée un instant ; et avec une sorte de fièvre qui s’exaspère à mesure que l’heure approche, il attend l’arrivée du courrier ; car l’incertitude est un supplice pour un esprit absolu comme le sien…

Et cependant, au moment où un coup de cloche annonce enfin le facteur, il songe brusquement que cette incertitude même était encore un peu de bonheur puisqu’elle permettait l’espoir.

Mais c’est en vain qu’il a attendu. Il n’y a aucune lettre de Raymond Seyntis, ni pour lui, ni pour sa sœur… Que signifie un tel silence, alors que son beau-frère pressent sûrement combien il est avide de nouvelles, après l’inquiétante lettre envoyée à Rayonne.

Peut-être les journaux qui viennent de lui être remis lui apprendraient la vérité…