Mais il n’ose les ouvrir parce que Guillemette est là, près de lui, appelée aussi par la venue du facteur, et murmure d’un accent de déception anxieuse :

— Comment, père n’a pas écrit ?… Je le lui avais tant demandé !

— Et il vous l’avait promis ?

— Il m’avait dit qu’il ferait son possible pour cela…

Elle mord un peu sa lèvre, pour dompter une émotion qui ne veut pas s’avouer. Et à ce léger signe, il devine à quel point, elle demeure obscurément troublée de l’attitude de son père. Puisque lui-même ne sait rien, que peut-être il redoute à tort un malheur, pourquoi ne pas lui laisser encore la foi bienfaisante qu’elle s’alarme en vain ?… Et après elle, il répète :

— Votre père vous avait dit qu’il ferait son possible… Eh bien, il n’aura pu, voilà tout !… Il est arrivé tard, hier, à Paris… Guillemette, quelle enfant impressionnable vous êtes devenue depuis que nous sommes séparés !…

Elle sourit un peu, inconsciemment apaisée par l’accent de badinage qu’il a pu employer ; et, sur sa bouche, reparaît l’expression malicieuse et caressante :

— Peut-être parce que je ne subissais plus l’influence de votre sérénité, mon oncle… Mais maintenant que vous êtes de retour, je vais redevenir très sage… Surtout si je retrouve bien en vous mon ami… mon ami fidèle, que la séparation n’a pas rendu oublieux…

Pourquoi parle-t-elle ainsi ? Il l’enveloppe d’un regard rapide.

Ils ont descendu les degrés du perron et marchent autour la pelouse où l’herbe est rousse, sous les arbres revêtus de leur feuillage de légende. Une senteur de terre mouillée, de chrysanthèmes, de mousse humide, erre dans la brise froide qui souffle de la mer, emportant à travers le ciel d’automne, sous le soleil, le vol lourd des nuées et les flocons duvetés des fils de la Vierge, arrachés aux branches.