Guillemette serre autour d’elle l’écharpe, d’un rose de corail, jetée sur ses épaules, et qu’elle a relevée à demi sur ses cheveux pour les protéger contre le vent… Mais une boucle vagabonde mousse obstinément sur le front.
Elle avance, contemplant, au loin, la course haletante des vagues ; et, sous les plis de son voile rose, une indéfinissable expression lui donne un visage de jeune sphinx. Que pense-t-elle ?… Quelque obscure prescience l’aurait-elle avertie qu’il a voulu l’arracher de son souvenir ?… Et que cette trahison s’est accomplie vraiment quelques jours, de par son libre consentement et la toute-puissance de Nicole.
Oublieux ?… oui, il l’a été… Et forcé de le taire, ne pouvant avouer, afin qu’elle pardonne, il éprouve l’impression intolérable pour une âme scrupuleuse et droite comme la sienne, de lui mentir, de voler son estime et sa foi d’enfant…
Alors, la seule parole absolument sincère qu’il puisse lui répondre, il la lui dit :
— Guillemette, votre ami vous revient, surtout, instruit par l’absence, de toute la place que vous avez prise dans sa vie.
Une imperceptible flambée avive, une seconde, l’éclat du jeune visage ; et les larges prunelles s’arrêtent sur lui, avec un regard qui semble échappé de l’âme même.
— Et cette découverte, vous avez pu la faire, mon oncle, malgré la présence de Nicole ?
Il y a de l’incrédulité dans son accent.
— … J’en suis très fière, savez-vous… J’aurais jugé, au contraire, que, près d’elle, vous ne pensiez certes pas à une insignifiante petite fille de mon espèce… C’est ce que je me suis piteusement dit tout de suite, quand j’ai appris que vous l’aviez rencontrée…
— Oui… par hasard, alors que je la croyais à Luchon…