— Du chagrin de sa vie gâchée…

— C’est vrai… Elle est malheureuse…

Elle s’interrompt une seconde ; puis reprend d’un ton singulier où il y a une sorte d’ironie, et ses pieds écrasent rudement les feuilles que le vent abat dans l’allée, sous le frôlement de sa robe :

— Ce devait être là une bonne œuvre facile à accomplir ! Nicole est une charmante compagne de promenade, sachant se taire et parler à propos ; jamais lasse, et puis si jolie, que les passants envient l’heureux mortel qui l’accompagne…

— Guillemette, pourquoi me dites-vous cela comme un reproche ?…

Elle secoue la tête.

— Un reproche ?… Oh ! certes non !… Je n’aurais, d’ailleurs, aucun droit pour vous en faire !… Seulement… c’est vrai… parce que je suis très égoïste, il me semble triste que vous m’ayez oubliée près d’elle… Car il est impossible qu’il en ait été autrement !…

— Impossible ?… Pourquoi ? fait-il, attentif à lire en elle, et incapable de se permettre une dénégation menteuse.

— Parce que, elle présente, tous les hommes ne voient plus qu’elle seule… Je l’ai tant de fois constaté… Mais… mais je n’aurais pas voulu que vous fussiez comme les autres, parce que, alors, vous ne me semblez plus vous… Et puis… je vous l’ai déjà confessé, je crois… oncle René, je suis une misérable petite créature, très jalouse de mes amis, de ceux auxquels je tiens fort… Je ne les prête pas… Et s’ils m’abandonnent, eh bien… ils ne comptent plus pour moi… Même quand je devrais en souffrir !

— C’est pour moi, Guillemette, que vous dites ces choses ?