Elle a un indéfinissable sourire :
— Non, si vous ne méritez pas de les entendre !… Répondez-moi que je suis injuste à votre égard et je vous croirai… oh ! sans hésiter une seconde !
Il lit une question, passionnément jetée, dans les yeux qui se posent sur les siens. Que se passe-t-il donc dans l’intimité de ce cœur si clairvoyant, parce que c’est un vrai cœur de femme… Elle vient, avec une enfantine franchise, qui semble écarter toute équivoque, de lui avouer que, jalousement, elle garde ses amis… C’est pour cela, alors, qu’elle s’émeut ainsi de sa rencontre avec Nicole dont elle connaît trop bien le pouvoir ?…
Mais la réponse qu’elle lui demande, il ne pourrait la lui faire sans la tromper… Et son intransigeante loyauté lui interdit de prononcer les mots qu’elle attend… Alors, malgré la conscience qu’il l’éloigne par le doute laissé en son esprit, il dit, sans pitié pour lui-même qui doit porter la peine de sa faiblesse :
— Guillemette, ce qu’il vous faut croire, c’est que vous êtes pour moi ce que n’est aucune autre créature au monde…
— Plus que n’est Nicole ?
Les mots ont certainement jailli de sa bouche, avant que sa volonté ait pu les taire, car elle a, aussitôt, un geste instinctif, comme pour les arrêter dans leur vol ; et ses dents mordent sa lèvre si fort qu’une goutte de sang apparaît.
Avec une sincérité grave, lui livrant son regard, il dit après elle :
— Plus que n’est Nicole… Le souvenir que je lui garde, parce qu’elle a été le rêve de ma toute jeunesse… — j’ai compris que vous le saviez… — ce souvenir n’a rien de commun… oh ! non, rien !… avec le sentiment que je vous offre, Guillemette.
Comme le soir de son départ, cinq semaines plus tôt, il s’arrête, n’osant plus poursuivre… Il entend les mots qui montent, palpitants, de son cœur même… Le désir frémit en lui de l’attirer doucement sur sa poitrine, ainsi qu’une enfant précieuse, fragile et adorée, — désir si loin, oh ! si loin, — de l’emportement qui, là-bas, un jour, l’a jeté vers Nicole…