Instinctivement, René fait quelques pas en avant pour distancer Guillemette… qu’il puisse apprendre avant elle !…
— Une dépêche pour Monsieur.
— Merci, donnez.
Il la prend, déchire le cachet, si rudement que le papier lui-même en est arraché, et il lit :
« Accident arrivé à M. Seyntis. Prière de prévenir madame et venir tout de suite. »
La signature est celle du valet de chambre de Raymond Seyntis.
René a une respiration profonde d’homme auquel l’air a manqué tout à coup. Mais en même temps, il redevient froidement calme, ainsi qu’il l’est toujours aux heures de lutte ou de danger, tant est puissante alors la tension de son énergie.
— Mon oncle, qu’y a-t-il ?… Cette dépêche, c’est à propos de père… n’est-ce pas ?
Guillemette l’a suivi. Elle est devant lui, l’interrogeant aussi de ses yeux devenus immenses.
Il la contemple avec tout ce qu’il a pour elle d’amour et d’impuissante pitié, — car elle vient peut-être de vivre ses dernières minutes d’insouciance heureuse… L’épreuve s’abat sur elle… A quoi bon la tromper, retarder le moment où elle saura, puisqu’il faut qu’elle sache… qu’il ne peut rien pour écarter d’elle la douleur ?…