Le teint reposé, dans l’élégance discrète de sa robe de maison, une dentelle nimbant ses cheveux, elle incarne une vision de femme à qui la vie est généreusement douce…

— Quel conciliabule ! René et Guillemette… Je vous ai appelés et vous ne m’avez même pas entendue !… Vous avez des mines graves ! Puis-je savoir ce qui vous agite ainsi ?

Il n’y a pas un atome d’inquiétude en son accent. Tout au plus, un soupçon de contrariété. Auprès de son frère, maintenant, Guillemette ne lui paraît plus une gamine, ne pouvant voir en lui qu’un oncle.

Les yeux de René et de Guillemette se rencontrent et la même angoisse y palpite, l’angoisse de ce qu’il faut apprendre à cette créature qui n’a jamais connu que le bonheur… Encore quelques minutes, et ce bonheur sera devenu le passé…

Puis René répond, d’une voix qu’il s’applique à faire très calme :

— Marie, pourrais-je te parler tout de suite ?…

XXIII

Quelques jours plus tard.

C’est le soir ; René est seul avec son beau-frère. Mme Seyntis, vaincue par les émotions, les fatigues des journées qui viennent de passer, a enfin consenti à aller reposer quelques heures.

Invincible en sa foi dans toute assurance donnée par son mari, elle n’a pas douté qu’il n’ait été victime d’un accident en maniant son pistolet qu’il croyait déchargé. Absorbée par les soins à lui donner, elle n’a reçu personne, ne s’est encore avisée d’aucun rapprochement, n’a entendu aucune dangereuse rumeur sur une situation que tout Paris connaît maintenant. Et son âme de chrétienne fervente exhale un perpétuel cri de reconnaissance au Dieu qui l’a préservée d’un effroyable malheur.