Dès qu’elle a quitté la chambre, la garde aussi s’éloigne, sur la demande du blessé, désireux de l’unique présence de son beau-frère. Il est d’ailleurs beaucoup plus calme depuis l’entretien qu’il a voulu avoir avec le sous-directeur de la Banque, dans l’après-midi même, et demeure immobile, selon l’ordonnance. Lourdement, la tête qui a tant travaillé creuse l’oreiller ; et les yeux, large ouverts dans le visage décoloré, songent, arrêtant un regard inconscient sur le reflet clair que la lampe allume, dans la pénombre de la pièce, aux barreaux de cuivre du lit.
Il a entendu, cependant, la porte se refermer derrière la garde. Alors, il tourne à demi la tête vers son beau-frère, qui a pris place près de lui.
— René, nous sommes bien seuls ?
— Oui, tu veux me dire quelque chose ?
— Te demander quelque chose… Mais d’abord… est-ce que Marie ne sait rien encore de… de… la situation ?
Les mots semblent lui être affreusement difficiles à articuler…
— Non… je ne crois pas… Elle n’a pensé qu’à toi, à toi seul, depuis la nouvelle, arrivée à Houlgate…
— Il faut pourtant qu’elle apprenne…
Et une souffrance crispe ses traits.
— … Je ne me sens pas assez fort pour lui révéler… la vérité… Une pareille explication risquerait de retarder le moment où je vais pouvoir revenir à mon poste… Quand on se donne, en mon cas, le ridicule de se manquer, il ne reste plus qu’à guérir très vite !… René, viens-moi en aide… Veux-tu me rendre l’immense service de parler à Marie ?… Mais s’il est possible, — et c’est possible, je crois, elle est si confiante ! — ne lui laisse pas soupçonner que mon accident n’en est pas un… tout à fait…