Et il y a la même simplicité dans la réponse que dans l’offre. Ces deux hommes, si différents soient-ils, sont certains de pouvoir compter l’un sur l’autre.
— Je sais… Et je te remercie… avec toute mon affection… Mais ce serait un inutile sacrifice, de l’argent perdu encore dans le gouffre, sans profit réel pour personne… Je suis ruiné… Heureusement, depuis tantôt, j’espère que l’honneur sera sauf !
Et il respire profondément, comme si un fardeau avait été soulevé de sa poitrine.
— Je crois que la crainte d’être forcé de me montrer mauvais joueur avait achevé la déroute de mes nerfs… Le plus cruel, maintenant, c’est de voir Marie privée de luxe, Guillemette sans dot… Les petits, André et Mad, sont jeunes… J’ai le temps de refaire leur avenir… Mais pour elle, il est trop tard !… Pour elle, ma précieuse petite fille, à qui je dois peut-être de me trouver encore parmi les vivants…
— Pourquoi ?…
Une étrange clarté passe dans les yeux de Raymond Seyntis.
— Pourquoi ?… Parce qu’au moment où j’approchais l’arme, j’ai eu le ressouvenir de l’instant, à Houlgate, où elle me suppliait de rester… comme si elle soupçonnait la vérité, ma petite bien-aimée… où elle se blottissait contre moi, ses chers yeux si pleins de tendresse… Ma main a dû trembler… et la balle a dévié. Quand, l’autre soir, elle est entrée dans ma chambre, avec ce même regard, je me suis rappelé cela… Et aussitôt, hélas ! il m’a fallu penser que cette enfant m’avait fait vivre pour je connaisse l’épreuve de voir son avenir de femme perdu par ma faute…
— Perdu ?… En quoi serait-il perdu ?…
— René, tu le sais aussi bien que moi, qui, dans notre monde… dans celui, du moins, qui était le nôtre, hier… voudrait jamais épouser une fille dont le père est ruiné ?…
Le sceau qui fermait les lèvres de René se brise sous un impérieux élan qui emporte tous les scrupules de sa rigoureuse délicatesse…