— Raymond, si elle y consent, donne-la-moi.

Raymond Seyntis contemple son beau-frère avec une sorte de stupeur et répète, redressant un peu sa tête fatiguée :

— Que je te donne Guillemette ?… Tu voudrais épouser Guillemette, toi ?… Mon pauvre cher ami, la générosité a des bornes !…

René l’arrête d’un geste :

— Ah ! je te jure bien qu’il n’y a pas de générosité dans ma demande… mais seulement l’égoïste désir d’obtenir ma part de bonheur !… Depuis bien des jours déjà, je rêve de te l’avouer… Ce qui m’arrêtait, c’est la conviction qu’elle ne voyait en moi qu’un « oncle »… Et j’attendais mon heure, craignant de la perdre si je parlais trop tôt… Permets-moi d’essayer de la conquérir… Mais ne lui en dis rien… Pour que nous puissions être heureux, il faut qu’elle vienne à moi librement, avec le même cœur que je lui offre… Si elle désire pour sa jeunesse un autre amour… ah ! je ne m’en étonnerai pas !… Alors, je m’effacerai, car son bonheur m’est cher… par-dessus tout…

— Oui… Tu l’aimes, ma Guillemette, comme il est bon d’aimer !… murmure Seyntis, dût-on même en souffrir…

— Raymond, laisse-moi espérer que je n’en souffrirai pas par elle… Au contraire, qu’un jour viendra où elle m’apportera cette joie, que je n’ose encore croire possible, de devenir ma femme… Jusque-là, ne dis rien… Pas même encore à Marie. Garde mon secret comme je garderai le tien… C’est promis ?…

Une expression d’apaisement, de repos, détend les traits contractés du blessé.

— C’est promis !… Ah ! mon bien cher ami, s’il dépend de moi, avec quelle reconnaissance je te confierai mon trésor !

Et sa main cherche celle de René.