XXIV

Le ciel est ouaté d’une brume rousse à travers laquelle transparaît à peine le disque pâle du soleil d’hiver.

Une bise glacée soulève la poussière et précipite la marche des passants qui circulent, pressés, dans la fièvre du 31 décembre.

René vient de descendre de cheval, au retour d’une longue course matinale ; et tandis que l’ordonnance s’éloigne, emmenant l’animal, il regarde sa montre. Elle marque onze heures moins le quart. Et il pense :

— A condition de rester en tenue, j’ai le temps d’aller embrasser Marie avant le déjeuner. Son installation rue Chateaubriand doit être assez avancée maintenant pour qu’il me soit permis d’entrer…

C’est Guillemette qui lui a demandé de ne pas venir dans leur nouveau logis, au milieu du désordre des premiers jours.

— Vous auriez une mauvaise impression sur notre gîte… Et j’ai l’ambition que vous l’aimiez… si humble qu’il soit !…

Elle parlait d’un ton de badinage ; mais il y avait dans ses yeux tant de tristesse vaillante qu’il a aussitôt promis ce qu’elle souhaitait.

D’ailleurs, que pourrait-il lui refuser ?

Depuis une semaine, les Seyntis ont quitté l’hôtel somptueux qui, tant d’années, a été pour eux la demeure familiale. Oui, l’honneur est sauf, ainsi que l’avait espéré Raymond Seyntis ; mais à quel prix !…