Et elle a raison. L’uniforme est seyant à la tête énergique, à la haute et ferme silhouette dont il accuse l’allure fière…
— Guillemette, vous me comblez ! réplique René, heureux de la voir presque gaie. Si rudement qu’elle ait été touchée, ses dix-huit ans n’ont pu cesser de fleurir en elle…
— Je ne vous comblerai jamais assez pour tout ce que vous méritez, mon oncle, dit-elle, d’un indéfinissable ton où il y a un badinage voulu avec une étrange profondeur d’accent. Mais… j’y pense… Vous ne venez pas dire, n’est-ce pas, que vous ne dînerez pas avec nous, ce soir, et nous laisserez terminer seuls ce lugubre 31 décembre !
— Non, certes, non, je ne viens rien vous dire de semblable… Je serais bien trop privé de ne pas finir l’année avec vous !
— Privé !… C’est si triste, ici, que nous sommes bien égoïstes de vous y retenir autant ! Enfin, vous pouvez vous dire que ce soir, en étant des nôtres, vous accomplirez une bonne action… Cela fera du bien à maman de vous avoir, à père aussi…
— Et pour vous, Guillemette, je ne puis rien ?
— A moi, vous avez donné la dangereuse habitude de trouver toujours qu’il manque quelqu’un où vous n’êtes pas…
Un frémissement a passé dans sa voix. Mais elle ne lui permet pas d’y prendre garde et change aussitôt de ton.
Depuis que l’épreuve l’a frappée, elle demeure repliée sur elle-même, sans plus rien trahir de ce qui l’émeut, même avec lui, auquel, cependant, elle n’a jamais laissé voir plus d’affection.
Mais il est bien rare maintenant qu’elle se montre auprès de lui l’enfant, spontanée dans ses confidences, qu’il a connue tout l’été. Il semble que le choc brutal qui l’a atteinte l’ait soudain mûrie, ait développé en elle une mystérieuse force de résistance, une énergie généreuse pour pratiquer l’oubli de sa propre détresse ; et il y a une sorte de dignité fière, singulièrement émouvante dans le silence qu’elle garde sur tout ce dont elle doit souffrir, de façon inévitable.