Ainsi, elle est un vivant exemple pour Mad et André, assez mal résignés, et stupéfaits de la simplicité et du calme qu’elle apporte à se prêter aux renoncements nécessaires…

Avec une grâce caressante, elle a poursuivi :

— Mon oncle, vous devez me trouver une bien malhonnête personne !… Je ne vous remercie pas des admirables fleurs dont vous nous avez comblées, maman et moi… Vous voyez, quand vous êtes arrivé, j’étais en train de parfumer, grâce à vous, notre nouveau petit home, pour que maman te trouve plus accueillant quand elle va rentrer… Car je m’aperçois qu’elle a, plus encore que moi, l’impression que nous sommes enfermés dans une boîte minuscule, où il nous faut naturellement quelques jours pour nous acclimater.

C’est vrai que cette pièce, de dimensions moyennes, paraît bien exiguë, comparée aux vastes salons, aux galeries de l’hôtel Seyntis… Pourtant, revêtue de peintures pâles, ouvrant sur un balcon, elle a un aspect de souriante élégance, grâce au goût qui a disposé les tentures, groupé les meubles — ceux du petit salon favori de Mme Seyntis, — dispersé les rares bibelots distraits du naufrage, parmi de menues plantes vertes fragilement découpées, sous la radieuse floraison des œillets, des roses pourpres et nacrées, des blancs lilas, des mimosas dont les petites têtes, odorantes et duvetées, jettent, dans la lumière, un éclair d’or.

Et très sincère, René peut répondre :

— Chérie, ne calomniez pas votre salon… Il est charmant et a déjà un air d’intimité qui paraît presque invraisemblable, étant donné que vous êtes à peine arrivés…

Le jeune visage prend une expression d’intense plaisir qui ressuscite la Guillemette de jadis.

— Vraiment, vous ne dites pas cela… par générosité ?… Non ?… Eh bien, alors, je suis ravie ! Car cet arrangement est mon œuvre… Ne me trouvez pas trop orgueilleuse de vous l’avouer, après avoir reçu vos compliments !… Cette pauvre maman avait l’air si écrasée de tout ce qu’elle avait à organiser que je l’ai suppliée de me laisser le soin du salon… Je crois qu’elle avait une médiocre confiance dans mes talents… Aussi je me suis appliquée… ferme… Car jamais je ne m’étais vue à la tête d’une pareille responsabilité !…

Elle parle gaiement. Mais René la connaît trop bien maintenant pour ne pas discerner ce qu’il y a de courage dans cette animation souriante ; et jamais plus, peut-être, il n’a éprouvé pour elle de tendresse, d’estime, de respect… Comme si elle en avait la confuse intuition, une lueur rose avive tout à coup sa fraîcheur ; et, une seconde, une impression douce infiniment allège son fardeau.

Avec son sourire des meilleurs jours, elle continue :