— Oncle, vous n’êtes pas trop pressé ?… Vous pouvez attendre maman qui est à un rendez-vous chez le notaire, avec père ?… Eh bien, puisque mon salon vous plaît, faites-moi une petite visite, à moi… Et causons !… Là, devant le feu, nous serons très bien !…
Elle s’assoit sur une chaise basse. Mais lui, reste debout devant elle, adossé à la cheminée.
Elle a dit : « Causons ! » Et pourtant, ni lui ni elle ne parlent… Ils pensent à tant de choses !… Le regard distrait, elle contemple la chair odorante des œillets dressés dans une aiguière de cristal. Mais lui ne voit que la tête charmante, les yeux qui songent et qu’il voudrait clore sous ses lèvres, la forme svelte qu’il rêve de blottir sur sa poitrine dans un geste enveloppant d’amour et de protection.
Et, doucement, après elle, il répète :
— Nous sommes bien ici, vous avez raison… Et grâce à vous, chérie… Vous êtes une brave petite femme ! Guillemette.
Elle tressaille et secoue la tête :
— Tant mieux si j’en ai l’air… Mais vous me croyez meilleure que je ne suis, mon oncle… Je devrais penser que père nous ayant été laissé, tout le reste n’est rien…
Elle s’arrête un peu ; et, à l’expression du visage, René comprend qu’elle a deviné la vérité…
— Et cependant, quand je regarde tout au fond de mon cœur, je m’aperçois qu’à la surface seulement je suis courageuse.
— C’est déjà beaucoup !… Guillemette, vous êtes trop exigeante pour vous-même.