— Il y a changement sensible ?… Vous me trouvez bien vieux, avouez, Guillemette. Je vous fais, plus que jamais, l’effet d’un oncle ?

Elle secoue la tête.

— Non, au contraire… J’avais gardé le souvenir d’un oncle René très grave, un peu… croquemitaine… Mais vous avez l’air beaucoup plus… plus à ma portée…

— Ah ! tant mieux ! Car j’ai grande envie que vous me trouviez un oncle charmant, déclara-t-il joyeusement, tandis que Mme Seyntis s’exclame :

— Voyons, Guillemette, ne commence pas à dire des sottises !

Elle est un peu déroutée par la transformation que le temps semble avoir opérée dans les rapports de son frère et de Guillemette. Elle, aussi, au premier moment, a été surprise qu’il ne la tutoyât plus. Pourtant, elle ne lui a pas rappelé ses habitudes d’antan. Les années qui viennent de s’écouler ont creusé un invisible sillon et tracé des distances.

— Et vous ne me gronderez plus, mon oncle ?

— Oh ! je ne me le permettrais pas…

— Hum, hum ! Vous êtes très sage et moi, je ne le suis guère !

— Guillemette, soyez bonne, ne vous moquez pas de moi !… et donnez-moi seulement la permission de vous gâter !