— Oh ! je ne demande pas mieux ! J’adore qu’on me gâte !

Elle a parlé avec tant de conviction que tous se mettent à rire. Mad pense qu’elle aussi aime à être gâtée. Mais elle n’ose pas le dire !

La voiture roule dans les avenues claires que bordent des villas aux terrasses fleuries de géraniums roses. Des femmes, en robe blanche, passent sous le dôme feuillu des arbres. Des attelages filent, d’une impeccable élégance. Un honnête tramway, antique et modeste, corne éperdument pour annoncer qu’il va s’ébranler vers Cabourg. Les nourrices font jouer les tout petits sur la place ombreuse d’où partent les avenues plantées de vieux arbres et le large chemin qui descend vers la plage.

— Ah ! mon petit Houlgate n’a pas changé depuis quatre ans ! Comme je le retrouve pareil à lui-même !… fait l’oncle René de cet accent qui assouplit étrangement sa voix… Si pareil que, n’étaient ces jeunes visages, je pourrais croire que j’ai rêvé mon séjour en Afrique. Ah ! la mer, la mer française !

L’oncle René regarde avec une sorte d’avidité les eaux qui miroitent somptueusement, telle une immense nappe étincelante, hérissée, près du rivage, par les sombres silhouettes de roches basses, noires de varechs.

Mais la voiture tourne brusquement et s’engage sous la haute porte couronnée de clématites, derrière laquelle s’allonge le parc, avec la perspective charmante des massifs en fleurs, des allées poudrées de sable sous la dentelle des branches.

Derrière les fenêtres ouvertes, les rideaux se soulèvent, à la brise du crépuscule. Au pied du perron, sous les arbres, les sièges groupés ont un air d’intimité.

— René, te voilà chez toi ! dit affectueusement Mme Seyntis. Les Passiflores te souhaitent la bienvenue !

Il lui sourit ; et il y a une sorte de ferveur joyeuse dans son accent quand il répond :

— Que c’est bon, le home, comme disent nos voisins… Surtout après un exil de plus de quatre années !