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Guillemette serait peut-être un peu embarrassée d’expliquer par quelle suite de sentiments complexes, pendant le dîner qui est d’une animation inaccoutumée, elle trouve agaçant de voir l’oncle René répondre généreusement aux questions d’André sur Madagascar ; questions qui en amènent d’autres de Mme Seyntis, de sorte que l’oncle René semble transformé en conférencier. Quand il cause ainsi, elle le retrouve tel qu’autrefois, alors qu’il ne parlait jamais que de choses sérieuses, au temps où il a effrayé Nicole de sa haute raison. Mademoiselle aussi se mêle discrètement à la conversation parce qu’il y est question de géographie.
Dieu ! qu’ils disent donc tous des paroles instructives ! Guillemette se croit revenue au temps où elle subissait de doctes cours.
Mais si elle est peu charmée de trouver son oncle à ce point prolixe de renseignements sur Madagascar, elle ne peut s’empêcher de s’intéresser à certains détails pittoresques qui colorent ses explications, au sentiment profond qu’elle devine en lui pour les choses de sa carrière. Ah ! il est un soldat convaincu !
Cependant, si occupé soit-il par l’obligation de répondre aux questions qui pleuvent dru sur lui, il s’aperçoit assez vite que Guillemette écoute silencieuse, ouvrant de larges prunelles où se jouent les reflets de sa pensée.
Et il demande :
— Ce sont mes sempiternels récits qui vous rendent muette ainsi ? Guillemette.
— Mon oncle, je m’instruis…
— Que vous êtes donc sage ! ma nièce.
— Suffisamment à votre gré ? oncle René. Car j’imagine que vous ne devez apprécier que les jeunes personnes dont les qualités sérieuses sont à toute épreuve… Ah ! quelle tante parfaite vous me donnerez sûrement !