— Une tante ? répète-t-il, saisi. Puis il se met à rire :

— Ah ! vous ne perdez pas de temps, petite Guillemette. A peine suis-je débarqué que vous me mettez en ménage…

— C’est pour votre bonheur, mon oncle.

— Espérons-le, ma nièce.

Il dit cela si gaiement que Guillemette est tout à coup pénétrée de la certitude qu’il est consolé d’avoir perdu Nicole. Et, en fin de compte, sans savoir pourquoi, elle préfère qu’il en soit ainsi. Elle s’amuse de le voir assez effrayé par la promesse de Mme Seyntis de faire prochainement défiler devant lui les plus charmantes filles qu’elle ait pu trouver, en ses relations, capables de lui apporter le bonheur conjugal.

Aussi, en se levant de table, entend-il sa jeune nièce lui glisser d’un ton encourageant :

— Soyez tranquille, oncle René, le premier flot des invités n’arrive que la semaine prochaine. Vous avez encore huit grands jours de pleine liberté !

Le dîner est fini. Les portes-fenêtres du salon sont large ouvertes sur la terrasse, blanche de clair de lune, où les arbres détachent des ombres mouvantes. Un souffle tiède fait, par instants, trembler la flamme des lampes et apporte du jardin un arome de fleurs…

Guillemette s’approche de la fenêtre, laissant Mademoiselle s’installer paisiblement avec son ouvrage. Mme Seyntis est appelée au dehors par un ordre à donner.

— Guillemette, vous n’avez pas froid ?… Vous avez un corsage si léger !