C’est l’oncle René qui l’a suivie. Elle tourne la tête vers lui, dont la haute taille se découpe sur la lumière de la lampe. La tenue du soir lui va bien…
— Il ne fait pas froid, mon oncle. C’est exquis, une soirée comme celle-ci !
— Oh ! oui exquis ! répète-t-il avec cette sorte d’allégresse contenue qu’elle a déjà surprise dans son accent. Je ne soupçonnais pas à quel point il me semblerait bon de retrouver ma maison familiale et ceux qu’elle abrite !
Il la regarde avec un plaisir si évident, que le démon de la coquetterie frétille incontinent en sa jeune cervelle, y allumant un naïf désir de conquête, — revanche des admonestations de l’oncle, jadis.
Elle est perchée sur le bras d’un divan ; la pointe effilée de son soulier bat le tapis, et sa main tourmente un coussin. La clarté des lampes caresse le visage spirituellement mobile, l’ardente étoile des yeux, les lèvres qui ont une délicieuse expression de gaminerie câline pour interroger :
— Ce n’est pas seulement maman, dites, oncle René, que vous êtes content de revoir !… C’est un peu nous aussi, les enfants.
— Vous en doutez ? Guillemette.
— Je me souviens, mon oncle, qu’autrefois, vous me trouviez une créature insupportable !
Il a un geste de protestation.
— Oh ! mais si, mon oncle… Certainement je me suis assagie ; mais il est positif que je vous agacerai encore plus d’une fois, que vous aurez la forte tentation de me gronder… Après tout, tant pis ! Nous en serons quittes pour nous réconcilier ; ne pensez-vous pas ?