— Guillemette, hasarde timidement miss Murphy, il faudrait aller à la caisse. Voyez, l’employé vous attend.

— Pauvre homme, il attend !… Eh bien, miss Murphy, soyez un amour, allez payer pour moi, voici mon porte-monnaie. Et puis, vous viendrez me retrouver aux soieries où j’ai quelque chose à voir avec Mme de Miolan.

Guillemette dit cela avec un sourire auquel miss Murphy est d’autant plus incapable de résister qu’elle a, de vieille date, abdiqué toute autorité sur son indépendante élève. Et derrière le commis, elle s’en va, boitillante et raide, ses yeux de myope attachés à l’employé qui déambule devant elle, aspirant à la liberté de courir vers de nouvelles clientes.

Cependant Nicole et Guillemette bavardent et attendent que le monsieur en cravate blanche dont l’occupation est de faire manœuvrer le régiment des vendeurs, leur ait annoncé que leur tour d’être servies est enfin arrivé.

— Ce sera dans un instant, mesdames, leur assure-t-il de l’air le plus encourageant ; car il témoigne une bonne grâce toute particulière aux clientes que sa compétence lui révèle de fortunées femmes du vrai monde.

Nicole répond à ces paroles par un vague signe de tête et elle demande à Guillemette, tout en considérant les plis soyeux d’un satin drapé près d’elle :

— Vous ne partez donc pas encore pour Houlgate ?

— Si, bientôt !… Mais nous attendons qu’André en ait fini avec son bachot.

— Période agitée, alors !… C’est pour bientôt ?

— Dans quatre jours.