— Ah ! Ah !… Et a-t-il des chances de succès, ce bon André ?

— Ce sera au petit bonheur, fait Guillemette avec philosophie, étant donnée son ardeur au travail. S’il ne réussit pas, il y aura scènes de désolation de cette pauvre maman, scènes de colère du côté de papa…

Mme de Miolan a un indéfinissable sourire :

— Ton père s’intéresse tant que cela aux examens d’André ?

En l’intimité de sa pensée très éclairée, elle s’étonne qu’avec les profanes distractions qui reposent Raymond Seyntis de ses affaires, il trouve encore des loisirs pour certaines de ses attributions paternelles.

Guillemette aussi s’est mise à rire.

— Papa, quant au travail d’André, ressemble aux panthères qui bondissent tout à coup sur les paisibles voyageurs. Il reste des semaines sans demander à André quel est l’état de ses notes ; et puis, tout à coup, quand André est dans une parfaite quiétude, il fond sur lui pour l’interroger, questionner les professeurs ; ce qui a, en général, un résultat désastreux pour la tranquillité de mon cher frère !

Mais ici, la conversation est interrompue par les paroles obligeantes du monsieur en cravate blanche qui avertit Nicole qu’un vendeur est à sa disposition.

C’est un garçon à la face poupine, enserrée dans une cravate 1830. Il croit devoir accabler Nicole de questions pour s’enquérir de ce qu’elle désire. Elle lui répond qu’elle n’en sait rien et demande à voir beaucoup d’étoffes souples. Comme elle lui fait cette déclaration avec un sourire, qu’il devine en elle une de ces clientes qui n’ont pas souci du bon marché, il s’en va aimablement puiser dans les rayons, et, sans se lasser, apporte pièce après pièce, à Nicole qui n’est jamais satisfaite.

Seulement, elle a une manière de demander : « N’avez-vous pas encore autre chose ? » si encourageante, que le gros garçon continue à subtiliser à ses confrères les plus séduisantes étoffes pour les lui soumettre.