Elle et Guillemette regardent, comparent, s’amusent du jeu chatoyant des coloris qui s’harmonisent ou se heurtent. Devant elles, il y a maintenant des jaunes safranés, blonds comme des épis, aux reflets roux, de pain brûlé ; des bleus verdissants ainsi qu’un ciel de crépuscule ; des roses nacrés, ou d’un ton violent de corail rouge ; des verts d’opale, et aussi, des mauves pareils à des pétales d’hortensia…
Elles s’attardent à choisir parce qu’elles causent.
— Je prends ceci, monsieur, dit enfin Nicole. Elle s’aperçoit tout à coup que la chaleur est étouffante dans la galerie où circule, incessamment, le flot des acheteuses.
Mais tandis que le gros jeune homme mesure les mètres demandés, elle reprend, un peu distraite, car elle regarde l’étoffe :
— Alors rien de nouveau dans la famille que les exploits intellectuels d’André ?
— Mais si… mais si… Il y a le retour de l’oncle René !
— Ah !… René revient de Madagascar…
Une expression profonde a soudain changé le regard de Nicole. Son accent a quelque chose de rêveur…
— Oui, il arrive à la fin du mois et il passera l’été avec nous à Houlgate. Maman est dans le ravissement. Cela fait près de cinq ans qu’il n’est pas rentré en France !
— C’est vrai… cinq ans… Je venais d’être fiancée quand il est parti…