C’est alors qu’elle hasarde, en un cri du cœur, après qu’elle a fini d’offrir le café :

— Si nous allions un peu dans le jardin ?

Mais Louise de Mussy accueille plus que froidement la proposition.

— Oh ! il fera bien humide, après une si longue averse !

C’est, en effet, probable ! Guillemette n’ose protester et coule un regard désolé vers la pendule. Il n’est encore que deux heures. Ah ! elle a le temps de causer avec les jeunes de Mussy !… A l’autre bout du salon, elle aperçoit l’oncle René qui a surpris son mouvement et la considère avec un peu de malice. Volontiers, elle le battrait de se moquer de sa détresse !

Mais il ne paraît pas soupçonner son courroux et passe dans le billard avec son beau-frère et M. de Mussy. On entend le heurt des billes. A travers la glace sans tain, on voit évoluer les trois hommes dans la fumée de leurs cigares.

Eux ne s’ennuient pas et Guillemette les envie à leur tour. Que va-t-elle faire pour distraire les jeunes filles, n’ayant pas la ressource d’un tennis ou d’un croquet et les éléments d’une conversation intéressante ne se présentant pas… Car Louise de Mussy ne la juge pas à sa hauteur, elle, pauvre créature qui ne donne son temps ni aux écoles ménagères, ni aux patronages, sociétés de secours aux blessés, etc…

Comme elle surprend un regard de Louise de Mussy vers le billard, elle demande avec une imperceptible raillerie :

— Voulez-vous aller retrouver ces messieurs ?

Louise de Mussy ne se laisse jamais troubler :