— Nous les dérangerions sans doute. Mais, de notre côté, nous pourrions peut-être jouer à quelque chose ; aux dominos, par exemple.

Guillemette la contemple avec stupeur.

— Aux dominos ?… Vous jouez aux dominos ?

— Mais oui, très souvent… presque tous les soirs !

— Pour… pour amuser votre famille ?

— Et nous amuser nous-mêmes !… Cela a l’air de vous surprendre ?

— Oui ; je n’avais jamais pensé que des personnes de votre âge usaient des dominos… Je croyais que c’était pour les petits enfants, les vieilles personnes et…

Elle s’arrête court ; elle allait dire étourdiment : « Et les concierges ! » Elle achève, polie :

— Mais nous pouvons faire une partie en attendant que le jardin soit plus sec !

Complaisamment, Mademoiselle s’est mise à la recherche d’un jeu ; puis elle est réquisitionnée ainsi que Mad et André. Elle a certaines lueurs sur la façon de bien jouer et ébauche quelques modestes combinaisons. André a des prétentions à un jeu savant. Mais Guillemette et Mad placent au petit bonheur leurs dominos et excitent ainsi la réprobation de Louise de Mussy et même de sa timide sœur. Toutes deux ont des airs convaincus, réfléchissent, calculent… Guillemette, qui n’est pas patiente et a les chiffres en abomination, trépigne sur place et regarde, comme la terre promise, le jardin où, cette fois, le soleil resplendit sur les feuilles luisantes d’eau…