Derrière elle, une voix s’élève :

— Il me semble qu’il fait beau maintenant ! Nous pourrions peut-être faire une petite promenade ?

C’est l’oncle René. Il a fini de jouer au billard et a pris en pitié Guillemette dont il a vu la mine, alors qu’elle poussait, au hasard, les dominos. Elle lui répond par un regard reconnaissant :

— C’est vrai, le temps est remis ! Mère, ne pourrions-nous aller goûter à l’hôtellerie de Guillaume le Conquérant ? Permettez qu’on attelle le break ?…

Mme Seyntis écoute sans enthousiasme ; il est contraire à ses principes de donner, le dimanche, un travail inutile à ses gens. Mais elle voit les yeux suppliants de Guillemette et croit, sur l’assurance de sa fille, que les jeunes de Mussy sont désireuses de cette excursion par un temps gros de menaces. Alors, elle cède.

Jusqu’au moment où le break stationne devant le perron, Guillemette surveille avec anxiété les nuages. Ils ne se rapprochent pas trop vite, heureusement !

Mme de Mussy, ayant décliné l’offre de la promenade, reste à entretenir Mme Seyntis des innombrables bonnes œuvres qu’elle honore de sa protection ; et c’est Mademoiselle qui doit chaperonner la jeunesse sous la protection de l’oncle René. La certitude de sa présence paraît avoir réconcilié Louise de Mussy avec cette promenade, sous un ciel inquiétant.

Enfin la voiture roule sur la route que balaye un vent chaud et humide. La mer est basse ; large ruban d’opale, moiré de vert sombre, qui cerne les sables, au loin. Louise de Mussy met la conversation sur Madagascar et questionne René qui se prête courtoisement à un docte interrogatoire. Elle fait ainsi montre d’une telle érudition qu’André ébloui s’écrie, avec une candeur déplorable :

— Oh ! Mademoiselle, pour sûr, devant voir l’oncle René, vous avez pioché Madagascar pour être à sa hauteur !

Il y a un léger froid. Louise lance un regard foudroyant vers André à qui Mademoiselle murmure un : « Oh ! André ! » plein de reproches.