Il n’y a plus trace de sourire sur son visage que le mécontentement durcit ; et Guillemette le constate sans pitié, malgré un faible remords d’être cause de l’aventure.

— Ramenez-nous vite aux Passiflores ! commande René au cocher. Le temps se reprend, nous ne gagnerions rien à attendre dans un abri quelconque.

Les chevaux sont vigoureusement lancés sur la route que cingle l’averse. Les parapluies sont ballottés par le vent. La mer et le ciel se confondent en un lointain gris sombre ; la plage est déserte.

Dans le break, Mad et André s’amusent du ruissellement d’eau qui s’abat sur eux ; Guillemette est agacée du silence expressif de Louise de Mussy que la protection de l’oncle René n’a pu rasséréner. Son « Enfin, nous voici à l’abri ! » est significatif quand la voiture s’arrête au bas du perron, luisant comme un lac. La glace du vestibule, pour comble de malheur, lui permet de se voir ébouriffée par le vent, son chapeau penché vers la gauche… D’un geste irrité, elle le remet droit et regarde vers ses compagnons d’infortune. Sa sœur éveille la pensée d’une naïade. Mademoiselle a une épaule trempée, ayant reçu sans mot dire toute l’eau du parapluie de Clotilde de Mussy ; mais elle a gardé son air souriant et soigné. Mad contemple, ravie, sa lourde natte trempée. Guillemette, sous son canotier de paille, est toute rose et ses cheveux soulevés par les rafales ressemblent, autour du front, sur la nuque, à une mousse poudrée d’or roux. Volontiers, Louise de Mussy la pilerait. Elle demande, d’un accent où frémit son dépit :

— Est-ce que dans votre cabinet de toilette je pourrais un peu me recoiffer ?

— Mais oui, certes ! Voulez-vous l’aide de la femme de chambre ?

— Si possible, oui.

Enchantée de fuir son courroux, Guillemette lui livre sa camériste qui arrange, sèche, relisse… Bref, le thé servi, une Louise de Mussy souriante, ne sentant plus le chien mouillé, fait sa réapparition dans le salon où tous sont réunis. Guillemette offre les tasses, avec Mademoiselle. Clotilde répond avec timidité aux efforts de René pour entretenir une conversation avec elle. Mme Seyntis a l’air un peu fatiguée ; mais Mme de Mussy cause toujours sans ombre de lassitude. L’averse est encore une fois passée ; et M. de Mussy clame d’une voix sonore :

— Je crois que nous ferons bien de profiter de cette accalmie pour regagner notre gîte !

Mme Seyntis, esclave de la politesse, croit devoir protester :