Un sourire malicieux retrousse les lèvres de Guillemette.
— Pauvre savante Louise ! Elle n’aime pas l’eau… Ni son humeur ni ses cheveux ne s’en accommodent !… Mais ça, c’est une réflexion inutile et stupide ! Mon oncle, venez sur la plage… Vous voulez bien, dites ?
Elle demande cela avec cette grâce jeune et câline qui lui donne tant de séduction. Et René, faisant comme les autres, ne lui résiste pas, tout en se demandant s’il est bien correct qu’il sorte ainsi, seul, avec sa jeune nièce…
Elle n’a pas soupçon d’un pareil scrupule et grimpe joyeusement vers les hauteurs de la falaise, par la belle route en corniche qui monte au bois de sapins couronnant Houlgate. Une saute du vent a balayé les nuées maussades et l’horizon flamboie, splendide, au couchant qui éveille des visions d’un royaume du feu. Sur le sable, des nappes d’eau semblent des petits lacs d’or étincelant. La mer monte, striée, à l’infini, de coulées lumineuses… Au large, les barques découpent, sur le ciel de flamme, des formes aiguës et noires.
Guillemette s’est arrêtée et regarde. Avec une sorte de ferveur, elle dit, un peu bas :
— C’est beau !… Comme c’est beau ! n’est-ce pas ? mon oncle.
Elle ne tourne pas la tête vers lui. Il voit seulement le profil expressif, où les cils tracent une ligne sombre sur les joues, si fraîches sous la brise qui enroule étroitement la robe autour du corps svelte. Et, brusquement, il se souvient — comme il s’est souvenu souvent depuis une semaine…
Combien de fois, durant l’été inoubliable, il a ainsi contemplé le coucher du soleil, auprès de Nicole !… L’écho des souvenirs morts tressaille en lui. Sans en avoir conscience, il écoute leur murmure confus.
Des minutes et des minutes passent.
Guillemette regarde toujours l’horizon dont l’embrasement pâlit, atteint par la cendre du crépuscule ; et, volontiers, elle aurait le geste instinctif d’un enfant pour retarder la fin d’un spectacle qui l’enchante.