Mais la féerie est achevée. Une brume violette se déploie grandissante, pareille à un voile infini, sous lequel meurent, peu à peu, contours, formes, lumières, engloutis par l’ombre victorieuse. Les dernières nuées s’éteignent. Le ciel apparaît terne, d’un bleu obscur, où tremble, solitaire, le feu d’une étoile.

Alors, rejetée hors du rêve, Guillemette reprend conscience de la présence de René. Comme il a l’air grave !… A quoi peut-il bien songer pour que ses traits prennent cette régularité sévère de médaille, — qui lui va très bien d’ailleurs… Et spontanée elle s’écrie :

— Oncle, vous avez l’air « tout chose » !… Vous ne pensez pas à me donner Louise de Mussy pour tante ?

Il a un imperceptible sursaut de créature réveillée et, comme elle se remet à marcher, il la suit, interrogeant, la pensée encore distraite :

— Elle ne vous plairait pas ?

— Oh ! pas du tout !

L’aveu se fait avec un accent dont la conviction est expressive.

— … Elle est bien trop pontifiante, d’une science trop écrasante et trop… en dehors… Et puis, elle reçoit si mal les averses !… C’est que, dans la vie, il faut en recevoir souvent. Et de toute sorte !

— Guillemette, vous parlez comme l’Expérience elle-même ! Mais si Mlle de Mussy que je trouve, moi, remplie de mérite, vous paraît à ce point déplaisante, pourquoi voulez-vous qu’elle m’ait induit en la tentation d’en faire un jour ma femme ?…

— Oh ! mon oncle, parce que vous aimez les jeunes filles savantes, correctes, religieuses, utiles à leurs semblables, etc., etc. !… Des jeunes filles de tout repos, enfin !