Sans savoir pourquoi, René a envie de regimber devant ce jugement.
— Mais où prenez-vous tout ce que vous racontez ici ? jeune fille.
— Mais dans vos conversations avec maman !… Aussi, l’autre soir, quand vous énumériez…, — comme la Raison elle-même ! — les qualités qui vous paraissent nécessaires à une femme, je pensais que j’aurais vraiment, sans chercher loin, à vous offrir la fiancée de vos goûts !
— Ah ! vraiment ? fait René interrogateur. Depuis une semaine qu’il vit près de sa nièce, il a pu constater qu’elle avait une pensée fourmillante d’imprévus et qu’il pouvait s’attendre, de sa part, aux confidences les plus diverses ; car elle a des lubies de gamine et des réflexions de femme de cœur, amalgamées à des audaces d’opinion, de pensée, de goûts, qui le désorientent, le choquent, l’irritent même, mais l’intéressent et l’amusent. Ah ! ce n’est pas, il doit le reconnaître, une personne banale que sa jeune nièce !
— Donc, vous avez une fiancée à me présenter ?
— Oui !… Puisque vous êtes un monsieur très sérieux, puisque vous vous mariez sans emballement, pour avoir une compagne agréable, bonne maîtresse de maison, instruite, vertueuse, vous devriez épouser M’selle !
René est si surpris qu’il s’arrête court, un peu choqué.
— Guillemette, vous poussez vraiment trop loin la plaisanterie !
— Mais, mon oncle, je ne plaisante pas du tout !
— Ah !… Et d’où vous est venue cette lumineuse idée ?