— De la conviction que vous feriez ainsi, pour votre bonheur, une œuvre méritoire ! Mademoiselle n’est pas riche. Elle se tourmente beaucoup parce qu’elle a sa mère à soutenir et elle se fatigue tant ! Alors, mon oncle, comme vous êtes bon, que vous n’avez pas l’air de tenir à l’argent, que vous aimez les femmes sérieuses, je trouve qu’elle pourrait bien réaliser votre idéal…
— Je ne le crois pas, Guillemette, dit René si posément que Guillemette est un peu saisie.
Tout en trottant, car l’heure du dîner les presse maintenant, elle lève vers lui sa jolie tête et le regarde, envahie par une vague inquiétude. Est-il fâché ?…
— Mon oncle, vous trouvez, dites, que je me mêle de ce qui ne me regarde pas ? C’est que je plains tellement la pauvre M’selle depuis que j’ai entrevu ce qu’est la vie pour elle… Chaque fois que j’y pense, j’ai honte de moi !
René ne comprend pas bien :
— Puis-je, sans indiscrétion, Guillemette, vous demander pourquoi vous êtes si sévère à votre égard ?
— Oh ! vous le pouvez, il n’y a pas de mystère !… C’est parce que je constate alors à quel point je suis toujours occupée de vivre le plus agréablement possible, quand il y a tant de femmes, même de jeunes filles ! qui peinent — non par goût, certes !… Oh ! mon oncle, vous ne trouvez pas qu’il y a des moments où cela devient une vraie souffrance, quand on jouit de tout, de penser à toutes les misères auxquelles on ne peut rien ?…
Ici, l’oncle René pardonne à Guillemette son idée saugrenue, de lui offrir Mademoiselle comme fiancée.
VI
Il est arrivé aux Passiflores une première série d’invités, conviés par la politesse, la sympathie, par le sentiment familial et autres motifs variés.