Et voici qu’à son tour, Nicole fait son entrée, longue, fine, onduleuse dans la gaine de sa robe, les prunelles veloutées et sombres sous les cheveux clairs qui ont l’éclat des feuilles brûlées par l’automne. Ainsi, elle éveille la vision de quelque belle nymphe d’un dieu d’amour.
Francis Hawford, le peintre, dresse la tête à son entrée et murmure, l’enveloppant d’un regard d’artiste et d’homme :
— Diable ! la splendide créature !
Et ce doit être aussi l’opinion de Raymond Seyntis, car il a un singulier accent pour lui dire, après avoir baisé sa main dégantée :
— Vous êtes toujours terriblement séduisante, ma nièce.
— Heureusement pour moi, mon oncle.
— Et pour nous !
L’un comme l’autre, ils savent très bien les pensées qui flottent en leurs deux cerveaux. Pour un homme, sensible comme lui à la beauté, elle a une saveur irritante : et si elle était une étrangère, il succomberait à la tentation de goûter cette saveur. Mais la pensée qu’il l’appelle « ma nièce » l’arrête dans les limites d’une galanterie discrète, — imperceptiblement équivoque.
Elle fait encore quelques pas dans le salon. Puis elle s’arrête de nouveau. Cette fois, c’est René Carrère qui la salue.
— Ah ! bonjour, René ! dit-elle de sa voix chaude, un peu assourdie.