Ils sont face à face et se regardent. Au fond de leurs âmes, frémit l’ombre du passé. Mais eux seuls le savent, — et Guillemette dont les larges prunelles s’attachent à eux avec une expression profonde et attentive.

Nicole pense qu’il a peu changé ; ses traits nettement découpés ont toujours la même expression de volonté mâle et sereine. Ses yeux ont gardé leur regard clair qui jamais n’a dû connaître le mensonge, — et en ce moment, est presque dur.

Mais pour lui, elle est une autre femme, — tout à fait différente de la jeune fille de jadis. Elle a le même délicieux visage où semble palpiter le reflet de quelque mystérieuse flamme, la même bouche affolante par sa fraîcheur, la grâce indéfinissable, ironique et caressante du sourire… Pourtant cette Nicole-là n’est pas celle qu’il a quittée, il y a quatre ans. Il s’est fait en elle une sorte d’épanouissement superbe qui doit griser les hommes et effaroucher les très honnêtes et très candides femmes comme Mme Seyntis. Elle fait songer à quelque fleur magnifique dont le parfum serait dangereusement capiteux.

Entre eux, il y a un silence de quelques secondes. Puis, correctement, il articule, s’inclinant sur la main nue qu’elle lui a donnée :

— Madame, je vous présente mes hommages.

— Pourquoi ? « madame… » Nous sommes toujours cousins, que je sache !

— C’est vrai… Vous avez raison… Bonjour, Nicole.

— A la bonne heure, ainsi.

Mais toute conversation est interrompue car le maître d’hôtel annonce que le dîner est servi.

VII