Les personnes d’âge se sont groupées sur la terrasse et devisent paisiblement. La petite de Coriolis a disparu, glissée au bras de son mari, dans une allée bien sombre. Et Guillemette retenue par la chanoinesse piétinerait volontiers d’impatience.
Nicole, elle, après avoir un instant causé avec sa mère et Mme Seyntis, a descendu les marches de la terrasse. Elle s’assied dans l’ombre et demeure immobile. Les paupières à demi closes, les mains abandonnées sur ses genoux, elle songe. Que cherchent donc dans la nuit ses yeux qui rêvent ?
Un promeneur solitaire passe devant elle sans l’apercevoir. Son pas est lent et distrait. Lui aussi songe. Elle l’a entendu. Son beau visage prend une bizarre expression et elle appelle :
— René ?… C’est vous, n’est-ce pas ?… Venez donc un peu… Il fait bon ici…
Malgré la nuit, elle a vu qu’il tressaillait.
Peut-être, simplement, elle l’a senti… Elle devine chez lui une hésitation. Pourtant il s’arrête et s’approche. Mais il reste silencieux, attendant… Du large, monte sourdement la voix de la mer. Un souffle frais passe dans les branches.
— Vous ne vous asseyez pas une seconde ? René.
— Non, merci.
Il reste debout devant elle dont la forme blanche se profile sur le vert obscur du massif. Il ne peut voir son visage, mais il devine le regard, — le regard inoubliable.
Comme si elle n’avait pas entendu son refus, elle continue :