— Puisque nous sommes destinés à renouer connaissance, ne vaut-il pas mieux que ce soit à l’abri de tout regard curieux ?… Ce calme est apaisant ; mais aussi, il est évocateur de fantômes !… Peut-être, après tout, est-ce cette fantaisie du hasard nous réunissant ici qui les appelle…
— Il faut les renvoyer dormir là où ils dormaient, Nicole. Ce qui est passé est passé.
Son accent est ferme, presque dur, comme l’était son visage quand il l’a revue dans le salon.
Elle répète après lui, et un léger frémissement tremble dans sa voix, calme pourtant :
— Oui, vous avez raison… Ce qui est passé est passé… Ce qui est fini est fini !… Mais quelquefois, c’est atrocement douloureux…
Il a l’intuition qu’elle songe, non à l’amour qu’il eut pour elle, un incident oublié, cela ; — mais à la douloureuse aventure de son mariage… Et quoi qu’elle ait fait sa destinée, quoiqu’elle l’ait repoussé, lui, il a soudain pitié d’elle. Les jours ont coulé de puis ceux où il a tant souffert par elle.
— Si vous avez éprouvé le sentiment auquel vous faites allusion, Nicole, je vous plains infiniment.
— Merci, c’est généreux à vous ; car il serait très naturel que vous goûtiez maintenant le plaisir de la vengeance !
— Pourquoi ?… Je vous assure, qu’il y a longtemps, très longtemps déjà, que je désire seulement votre bonheur… Et je vous jure que s’il était en mon pouvoir de vous le rendre, je le ferais avec une vraie joie !…
Il parle très simplement et son seul accent révélerait sa sincérité absolue. Depuis des années, d’ailleurs, elle sait qu’il est de ces hommes dont les paroles sont vraies, toujours. Mais comme il est détaché d’elle, maintenant !…