Et dans l’obscurité de son cœur, des sentiments confus tressaillent…

Elle reprend :

— Je vous remercie de votre… charité… Mais vous ne pouvez rien… Ni vous ni personne au monde… Du moins, à l’heure présente !… Aussi pour que je puisse la supporter, il faut me réfugier dans la pensée que je suis très jeune encore, que je puis recommencer ma vie, que j’ai l’avenir !

Il y a dans sa voix des inflexions de révolte passionnée.

— Recommencer votre vie ? répète-t-il, attentif. Que veut-elle dire ?

— Oui, quand je serai libre… légalement !

— Par le divorce, pensez-vous ?… Le divorce qui, en somme, vous fera si peu libre, que vous ne pourrez jamais solliciter une nouvelle sanction religieuse.

Sa tête se dresse orgueilleusement.

— Je m’en passerai !… Mes croyances religieuses étaient fragiles ; elles sont tombées comme des feuilles mortes, et je m’avoue incapable de sacrifier toutes les années de ma jeunesse, peut-être toutes celles que j’ai à vivre, à une loi édictée au nom d’un Dieu problématique !… Je veux avoir ma part de bonheur !… Et surtout je veux oublier !

Une sorte de résolution désespérée gronde dans son accent. De nouveau, elle éveille en lui une compassion si profonde qu’il ne relève pas ses paroles impies, quoiqu’elles aient atteint en lui des convictions souveraines.