— Je vous fais l’effet d’un monstre, avouez ; car vous êtes demeuré le sage dont j’ai eu peur autrefois. Eh bien, non, je ne suis pas un monstre, seulement une femme, une malheureuse que la vie a déçue, qui veut sa revanche… et qui l’aura !… J’attends seulement mon heure ; voilà tout !

Presque rudement, il articule :

— Nicole, ne dites pas de folies !

— Des folies ? Quelles folies ?… Je vous confie en toute simplicité ce que je pense, ce que je crois, ce que j’espère, ce que je veux trouver, l’oubli d’abord… et puis le bonheur… le bonheur tel qu’il me le faut… J’ai tellement soif d’être heureuse encore !

Elle s’arrête brusquement et serre ses lèvres comme pour les empêcher de prononcer davantage d’inutiles paroles. Lui, la regarde, secoué de l’instinctif désir de la dompter comme une enfant rebelle et insensée.

Un silence, encore une fois, tombe entre eux dont les âmes sont frémissantes.

Sur leurs têtes pourtant, le grand ciel infini s’étend si paisible… Le murmure de la mer est berceur. A peine, la découpure des branches ondule sur le sable, vêtu de lumière par le large croissant qui luit derrière les arbres.

Il reprend, et son accent a, dans la nuit, une sorte d’autorité grave :

— Je crois, Nicole, que vous voulez chercher le bonheur où vous ne le trouverez certainement pas… Mais il est évident que je n’ai pas qualité pour essayer de vous arrêter dans la voie… lamentable où vous prétendez vous engager… Seulement, je veux vous dire ceci : à quelque jour que ce soit, si vous avez besoin d’un ami, soyez bien certaine que vous pouvez recourir à moi, en toute circonstance.

Elle a soudain les yeux pleins de larmes. Il les voit trembler entre les cils.