— Merci… Mais souhaitons que jamais je n’aie recours à vous, car il faudrait que l’existence m’ait enfin brisée !… Et puis, maintenant, rentrons… Quel absurde élan j’ai eu de vouloir toucher au passé avec vous !… Nous n’y reviendrons plus, n’est-ce pas ?

Il s’incline avec un mouvement de tête. Elle a une imperceptible hésitation, puis, lui tend la main. Des lèvres, il effleure la peau tiède ; et, sans un mot, s’enfonce dans l’ombre d’une allée, tandis que d’un pas lent, elle revient vers la terrasse où sont ouvertes les portes-fenêtres du salon très éclairé.

Quand, un peu après, René rentre à son tour, ayant, au hasard, arpenté le jardin, il l’aperçoit qui cause avec une insouciance rieuse, du fond de la bergère où elle est nonchalamment appuyée. Hawford est près d’elle.

Alors, il détourne la tête et cherche des yeux Guillemette. Ah ! que c’est bon qu’elle soit encore une petite fille, innocente, gamine, ignorant la passion !… Sans doute, parce qu’elle a senti son regard, elle lui envoie un sourire et se reprend à bavarder avec la jeune baronne de Coriolis.

Sous la lumière de la lampe-phare, Mme Seyntis, assise devant son métier, brode des fleurs incomparables. Près d’elle, Mme d’Harbourg somnole vaguement sur son tricot de charité, tout en écoutant, avec une aimable distraction, la chanoinesse qui devise à propos d’un roman nouveau, dont la couverte jaune vif flamboie sur le tapis.

Elle est partie en guerre contre l’amour et s’exclame avec le plus parfait mépris :

— L’amour ! Ah ! oui, parlons-en ! A en croire les romanciers, il serait le pivot même de l’existence… Quel mensonge et quelle stupidité !… C’est, tout au plus, un épisode !

— Mais il y a des épisodes qui, à eux seuls, valent l’ouvrage entier ! riposte Raymond Seyntis, qui aime à provoquer la chanoinesse.

Vertement, elle réplique :

— Raymond, ne dites donc pas de sottises pour fausser le jugement de cette petite !