La chanoinesse ne baisse pas un brin pavillon et son accent est d’un suprême dédain :
— L’amour !… Vous savez bien ce que Chamfort en a dit… Je ne veux pas répéter puisqu’il y a ici d’innocentes oreilles. Croyez-m’en, ma mie, ceux qui lui abandonnent leur vie étaient incapables de rien faire de mieux. Ils n’avaient pas leur pain à gagner… Ils n’avaient goûté ni à l’ambition, ni à l’art qui sont de bien autres aliments pour l’être humain !
Raymond Seyntis, dont le front s’est éclairé, lance avec un peu de malice :
— Ma chère cousine, l’être, certes, est fait d’une âme et d’un esprit, mais d’un corps aussi !
— Peuh !… peuh !… je le sais bien. Et vous n’avez pas lieu de vous en glorifier, fait la chanoinesse qui tricote rageusement.
La discussion devient générale. Mais René ne s’y mêle pas, car il est jaloux de l’intimité de son jardin secret. L’amour !… Ah ! quel épisode il a été, quatre ans plus tôt, dans sa vie. Et il sait maintenant que le temps guérit, que la tempête merveilleuse et terrible passée, l’homme peut se reprendre à vivre, à attendre encore, même à espérer le mal divin… Ce que fait Nicole, elle aussi. De quel droit, tout à l’heure, la condamnait-il à un avenir muré par le passé ?
Instinctivement, il regarde vers elle. Ses prunelles brûlantes sont levées vers Hawford qui déclare avec une force tranquille :
— Il n’y a rien de comparable à la passion pour ce qu’elle renferme de joies et de souffrances sans mesure !
Et dans les yeux qu’il arrête sur elle, il y a le cri du désir que sa beauté a jeté en lui. Sûrement, ce désir, elle est trop femme pour ne pas le sentir. Mais elle y semble indifférente. Elle cause, comme tous autour d’elle, tourmentant son éventail d’un geste distrait…
René prend soudain conscience de l’espèce de curiosité qui le pousse à, sans cesse, observer Nicole. Alors, irrité contre lui-même, il se rapproche de Guillemette. A demi-voix, elle lui lance avec une vivacité un peu moqueuse :