La bouche de Guillemette a une expression de malice et de contrition qui est délicieuse :
— Mon oncle, c’est vrai, j’ai un faible pour les hommes mauvais sujets… Au moins, je ne me sens pas humiliée en leur voisinage !… Je serais plutôt prête à me glorifier…
Ici, les cloches recommencent à sonner. Guillemette tressaute.
— Vite, mon oncle, le second coup ! Maman doit frémir de ne pas me voir…
La blanche petite église est tout près, par bonheur. Pour l’instant, elle est le centre vers lequel filent les équipages et déambulent pédestrement, par les jolis chemins ensoleillés, chrétiens et chrétiennes, tous en toilette dominicale.
Aussi, une brillante assemblée emplit-elle l’église qui est comble. Une chaise est un objet précieux que les retardataires cherchent d’un œil d’envie. Le suisse est ahuri et solennel. La chaisière, les joues en feu, s’affaire, pour essayer de caser tant de chrétiens, désireux d’un siège. Le curé lui-même, en surplis immaculé, circule à travers le flot grandissant de ses ouailles ; tel un général qui veille à la bonne installation de ses troupes. Son regard, satisfait sous les sourcils blancs en broussaille, erre sur ces nombreux fidèles, chics infiniment, parmi lesquels foisonnent les jolies femmes sous la paille des chapeaux fleuris, le tissu léger des robes d’été qui caressent les dalles luisantes.
Cette messe n’est pas celle des humbles et des petites gens…
Comme de juste, dans cette foule, discrètement bourdonnante, mondaine, parfumée, il se trouve de sincères croyants et croyantes qui pensent pieusement à leur Créateur. Mais il y aussi de fringants clubmen, — jeunes ou mûrs — qui sont là pour la femme dont, à la sortie, ils vont correctement serrer la main, avec un secret frisson de tout l’être !… Il y a des hommes rongés par la fièvre ou le souci de la vie qui, dans cette église, ont apporté des corps sans âme, une pensée fermée aux choses divines, et s’absorbent dans leurs préoccupations quotidiennes, alors que leurs yeux sont arrêtés, indifférents, sur un tabernacle dont le mystère leur est étranger…
Il y a des jeunes que la vie enchante, qui tressaillent d’allégresse, d’envie, de désir, à ses espoirs. Il y a, sous le masque donné par l’éducation à tous ces êtres, des âmes douloureuses, des âmes troublées, des âmes sceptiques, des âmes pécheresses qui adorent leur péché ou le subissent avec passion, honte, colère, remords…
Il y a des heureux — quelques heureux ! — qui crient leur bonheur vers l’Invisible ou en sont enivrés… Il y a des épouses déçues, meurtries ; des mères qui sont des bénies ou des crucifiées…