Mais tous gardent leur secret. Le soleil flamboie dans les vitraux et par la porte, restée ouverte, resplendit la fête de l’été. La clochette tinte pour annoncer le commencement de la messe.
Juste à ce moment, Guillemette fait son entrée ; ce qui calme, à son sujet, les inquiétudes de sa mère, laquelle, avant de s’absorber dans ses prières, lui murmure :
— Tu ne pourras donc jamais être à l’heure ! ma pauvre enfant.
La coupable a l’air d’innocence d’un nouveau-né et marmotte tout bas :
— Mais, maman, la messe commence… Je ne suis pas en retard.
Elle ouvre sagement son livre et se met en devoir de suivre les prières liturgiques.
La pensée de Guillemette est absolument croyante, en dépit des quelques points d’interrogation jetés en son cerveau par les circonstances ou ses seules réflexions, au grand scandale de sa mère à qui, inutilement d’ailleurs, elle a demandé des solutions. Ce que voyant, elle n’a pas insisté, attendant en son intimité, le jour où la grâce du ciel dissiperait les ombres qui l’ont désorientée et dont elle rend responsable son ignorance de la théologie.
Mais tout de même, Mme Seyntis serait saisie d’épouvante, si elle pouvait mesurer combien, très innocemment, dans le secret de son âme, cette petite fille s’est déjà fait une religion à elle…
Des hauteurs de l’orgue, une voix de femme s’élève sonore, trop claire, qui fait lever les têtes vers la tribune où la chanteuse — une jolie femme rondelette, qui a un nom au théâtre — articule mal de pieuses paroles, sur un air d’opéra.
Guillemette a tressailli, distraite par cet intermède musical, qui lui rend impossible tout recueillement et elle envie sa mère et Mademoiselle, abîmées dans la lecture de leur messe. Sans doute, le sérieux oncle René est comme elle. Guillemette regarde instinctivement, vers lui, devant elle. Il ne se contente pas de demeurer bien droit, les bras croisés, ou les mains sur la pomme de sa canne… Non, il a un petit livre, il lit l’office de la messe, très attentif et il n’a pas du tout, pourtant, l’air d’un sacristain ! Son visage brun ainsi au repos a, au contraire, quelque chose d’énergique, de fier, de grave, qui lui donne beaucoup d’allure… C’est très crâne à lui de montrer si franchement ses convictions ; et, contente, elle se prend à murmurer :