— Mon oncle, vous êtes un homme chic !

Cependant l’Évangile vient d’être dit ; alors dans la chaire, apparaît un vicaire juvénile et timide qui semble torturé par l’obligation de parler devant cette foule, la devinant, à l’avance, réfractaire à son éloquence ! Lui, comme ses auditeurs, — hormis quelques âmes pieuses, — se demande pourquoi cette homélie que tous redoutent.

Mais le choix n’étant pas donné, il part résolument en guerre contre les désordres du siècle. D’une voix monotone et éclatante, il déverse le flot de sa rhétorique que Mme Seyntis écoute d’un air de componction, comme si elle avait toute la responsabilité des péchés d’Israël. Mad s’ennuie et Guillemette a pitié du petit vicaire qui, les yeux clos, les mains crispées sur la chaire, fond sur l’ennemi, le pécheur, tonnant : Pénitence ! Pénitence !

C’est par cette véhémente adjuration qu’est accueillie Nicole, trop bien élevée pour désobliger Mme Seyntis en ne paraissant pas à la messe. Debout dans l’allée, sans regarder personne, elle attend que l’orateur ait fini de fulminer, et par son élégance, sa beauté capiteuse, donne des distractions à ceux qui l’entourent. Elle est tout près de René. Il peut respirer son parfum. Il a, sous les yeux, l’ondulation de ses beaux cheveux d’or fauve, l’harmonie de la forme ennuagée de blanc…

Que pense-t-il ?… Une seconde Guillemette se le demande avec irrévérence. Mais ses traits ont une expression si sérieuse, qu’elle est saisie de honte pour sa propre frivolité et reprenant ses prières, elle est exemplaire jusqu’à la fin de la messe, qui s’achève sur une marche triomphante.

Devant l’église, dans le jardin ensoleillé, bourdonnent les propos, les rires, les réflexions sur le petit vicaire, sur la chanteuse, sur le prochain, alertement examiné, jugé, exécuté… La phalange masculine se livre à la contemplation, et Nicole produit une vive impression quand elle apparaît insolemment fraîche, souriante, répondant aux saluts, serrant les mains amies ou indifférentes.

Elle s’arrête auprès de sa mère et de Mme Seyntis qui, elle, ne vient certes pas de mettre sur sa conscience ni médisance ni distraction, et demande à son frère :

— René, rentres-tu avec moi ou descends-tu sur la plage ?

— Je vais sur la plage.

— Alors, tu emmènes Mademoiselle et les enfants.