Ah ! la tentation encore ! Mais Guillemette, élevée comme son oncle, dans les « bons principes », n’ose pas faire sciemment ce que sa mère lui interdirait, sans doute.
— Chérie, je te remercie, mais il faut que je rentre. Nous nous verrons bien à Houlgate… Car tu y viens ?…
— Oui, correctement escortée de ma famille, avant d’aller seule à Dinard retrouver des amis. Peut-être ton oncle sera-t-il arrivé… Cela m’amusera de le revoir… Nous nous trouverons vieillis !
— Nicole, que tu es encore coquette pour une dame qui a vieilli ! Lui, est déjà un peu, un monsieur d’âge… c’est vrai… à trente ans !… Un capitaine, et qui revient de si loin ! Les années de campagne comptent double…
— Et les années de mariage triple, quadruple, alors ! murmure Nicole. Petite Guillemette, marie-toi le plus tard possible !… Comme on dit en musique : « Profite bien de ta jeunesse ! »
— Nicole chérie, je t’assure que je fais de mon mieux !
Cela, c’est bien la vérité. Nicole le sent, et un sourire d’affection, — un peu aussi de pitié pour les illusions de cette enfant, — adoucit un instant la flamme de ses yeux.
— Comme tu as raison ! Au revoir, mon petit. Ah ! tu n’es pas une Carrère, toi, mais une vraie Seyntis…
Sur son ordre, le chasseur a fait un signe à son cocher. Des passants se retournent pour regarder monter en voiture cette très jolie femme, habillée avec un goût raffiné en sa simplicité apparente ; — elle porte un « tailleur » de grosse toile bise… Et, en une seconde, elle est tout ensemble admirée, désirée, enviée, — elle qui, à cette heure, n’est qu’une vivante épave, emportée à la dérive par le grand flot de la vie.
Guillemette aussi est restée une seconde à la regarder, avec des yeux de gamine qui se connaît déjà fort bien en grâce féminine et a beaucoup entendu parler…