Cependant, installée avec son ouvrage dans le bow-window du petit salon, Mme Seyntis jouit du calme des Passiflores. Oh ! quel délice serait un été dans la solitude avec ses enfants, son mari devenu ignorant du chemin de Paris… Des après-midi passés, une broderie en main, sous les arbres du jardin ou l’abri de la grande ombrelle de coutil dressée sur la plage…

C’est chez elle un désir instinctif si vif que, souvent, elle lève la tête pour regarder les groupes rassemblés près de la mer.

Les promeneurs élégants viendront plus tard, dans la tiédeur du crépuscule. A cette heure, sur l’or pâle du sable se dressent seules des silhouettes d’enfants ; tout petits qui trottinent chancelants, garçonnets et fillettes affairés par leurs jeux, insensibles à la morsure du soleil qui flamboie sur l’étendue sans ombre.

— Vraiment, j’ai bien peur que nos promeneurs n’aient très chaud ! remarque Mme d’Harbourg qui fait évoluer les aiguilles de son tricot avec une monotone régularité, s’interrompant toutefois pour s’éventer, car l’air semble embrasé.

Ce n’est pourtant pas ce souci, tout physique, qui altère son aimable visage, assombri par quelque pensée pénible, et lui fait répondre avec distraction aux quiètes paroles de Mme Seyntis.

Celle-ci finit par s’en apercevoir et interroge :

— Pauline, es-tu souffrante ?

— Non… Oh ! non !

Encore un silence. Mme Seyntis se demande si elle peut poursuivre sans indiscrétion ; et elle reprend, hésitante :

— Est-ce que tu as quelque ennui ? Tu parais préoccupée ?