Mme d’Harbourg ne répond pas… Puis, tout à coup, comme si un invisible sceau se brisait sur ses lèvres, elle articule d’une voix qui tremble :

— Marie, je suis horriblement tourmentée de Nicole !

Mme Seyntis a un tressaillement ; les paroles de Mme d’Harbourg réveillent en son souvenir, une réflexion de son mari, l’avant-veille, sur l’admiration très vive de Hawford pour la jeune femme dont il a, dès le premier jour, demandé la permission de faire un croquis… Réflexion qui lui a été fort désagréable ; elle n’admet pas que, sous son toit, une femme puisse se prêter à une cour aussi visible que favorisent les séances de pose. Et penser que cette femme est de sa famille !… Ah ! oui, elle est inquiétante, Nicole !

Avec autant de précaution que si elle avançait sur des œufs, Mme Seyntis demande :

— A quel propos ? Pauline, es-tu tourmentée de ta fille ?… Est-ce que son mari…

— Non… Non, il ne s’agit pas de son mari, cette fois. De lui, nous n’entendons plus parler que par les hommes d’affaires… Non, c’est elle qui m’inquiète !… Je la sens si révoltée contre sa situation que j’en arrive à craindre tout de sa part…

— Tout ! répète Mme Seyntis, saisie.

Mais sa cousine ne l’entend pas, absorbée par sa pensée, et poursuit son monologue :

— Mon Dieu, je sais bien que cette situation est délicate, pénible, douloureuse… Mais son père et moi, nous faisons tellement ce que nous pouvons pour la lui rendre supportable,… pour ne jamais lui rappeler que c’est elle qui a voulu épouser Guy de Miolan, quoi que nous lui disions… que c’est elle qui l’a quitté, là-bas, à Constantinople, après leurs scènes… lamentables ! Elle n’a jamais voulu se prêter à une réconciliation… Comme nous l’y engageons… puisque, hélas ! maintenant, rien ne peut empêcher qu’elle ne soit sa femme… Elle s’obstine à exiger un divorce qui nous navre… A quoi bon ?… Elle n’en sera pas plus libre puisque l’Église ne connaît pas le divorce et elle brise tout son avenir de femme !… Pourquoi, grand Dieu ! faut-il qu’elle ne se résigne pas… Nous l’aimons, nous la gâtons tant, qu’elle ne peut être tout à fait malheureuse, pourtant !

Mme d’Harbourg en est absolument persuadée. Sa cousine, pas du tout, et malgré elle, il lui échappe :