— Ma pauvre Pauline, à des jeunes femmes comme Nicole, je crains bien que nos tendresses de parents ne suffisent pas…
Mme d’Harbourg a l’air navrée. Son tricot est tombé sur ses genoux et les mailles glissent de l’aiguille sans qu’elle y prenne garde.
— Oui… oui… Ce que tu dis là, Marie, je l’ai déjà pensé plus d’une fois… Et c’est ce qui me fait peur ! Moi, je sais bien qu’à sa place, jugeant impossible de vivre avec mon mari, j’aurais essayé de combler le vide de mon existence par de bonnes œuvres, par le travail… J’aurais beaucoup prié pour être soutenue… Mais je crains que Nicole ne prie plus guère !…
Mme Seyntis a le même sentiment. Toutefois, elle est trop charitable pour ajouter au chagrin de sa cousine et elle murmure, encourageante :
— Ah ! que sait-on ?…
— C’est vrai, je ne sais pas ! avoue Mme d’Harbourg, pitoyable. Jamais Nicole ne parle de ce qu’elle pense… Du moins, à moi… Et pas davantage à son père, d’ailleurs… Ah ! ma pauvre amie, que nos enfants nous sont fermés et que nos filles sont différentes de nous !
N’était la crainte de peiner plus fort sa triste cousine, Mme Seyntis protesterait vivement. En toute sincérité, elle est persuadée connaître, comme la sienne propre, l’âme blanche de Guillemette…
Et Mme d’Harbourg, devinant une oreille compatissante, reprend de plus belle :
— Certes, je ne peux reprocher à Nicole une tenue blâmable… Elle n’est pas femme à autoriser des… familiarités qui la feraient prendre… pour ce qu’elle n’est pas… Mais en sa position d’épouse séparée, elle devrait tellement exagérer la prudence, rester dans l’ombre, peu recevoir, ne pas aller dans le monde… Et justement, elle fait à peu près tout le contraire !… Elle ne m’écoute pas quand je le lui dis… Elle me regarde comme si je lui parlais turc… Ah ! Marie, je commence à croire que je l’ai trop gâtée !… Elle était mon unique enfant et j’avais si fort le désir de son bonheur ! C’est bien pour cela que j’ai eu la faiblesse, — et son père aussi ! — de consentir à ce qu’elle épouse ce Miolan qui l’emmenait loin de nous… Mais elle voulait… et nous avons cédé !
Jamais aussi franchement, Mme d’Harbourg n’a avoué sa faiblesse. Mme Seyntis, touchée de cette humilité et de cette confiance, cherche à la réconforter :