— Pour les uns et les autres ! prononce-t-il presque âprement. Petite fille, petite fille, dans quel monde prétendez-vous entrer qui n’est pas fait pour vous ?

Les yeux violets de Guillemette deviennent presque noirs.

— Oncle, excusez-moi, je croyais que, vu notre traité d’amitié, je pouvais vous dire, en toute franchise, ce que j’avais dans la cervelle… J’oublie toujours comme vous êtes vite scandalisé !

Et, très digne, sachant bien que René regrette sa réflexion et souhaiterait la lui faire oublier, elle s’en va vers la table à thé, sans le moindre regard vers lui.

Nicole revient. La ligne de son corps svelte et souple ondule sur l’infini lumineux d’un ciel d’or roux. Elle marche si près du bord de la falaise que, d’instinct, René lui crie, la voyant venir ainsi :

— Nicole, que vous êtes imprudente ! Prenez donc le sentier…

Elle a un geste léger des épaules, un sourire, et continue d’avancer. Le capitaine de Coriolis a rejoint Hawford et le retient pour lui montrer une découpure de la côte. Nicole est près de René. Il l’a attendue dans un inconscient besoin de protection. Elle le devine :

— Vous craignez que je ne sois victime de mon imprudence, comme vous dites ? Si j’étais sage et courageuse, savez-vous ce que je ferais ? J’avancerais encore de quelques pas, jusqu’au point où finit la falaise… Et pour moi aussi, ce serait la fin !… Plus de souvenirs ! Plus de luttes ! plus de rêves inutiles !… Quel repos ! Seulement je ne suis pas courageuse… et j’ai encore un tel désir de vivre !

Les mêmes mots viennent, à René, qu’il lui a dits le premier soir :

— Pauvre, pauvre Nicole ! Je voudrais tant faire quelque chose pour vous !