Elle secoue un peu la tête.
— Vous ne pouvez rien… Ni personne.
Personne ?… Si, celui-là seul qu’elle veut rejeter de sa vie, qui, jadis, lui a pris son cœur de jeune fille… Mais jamais elle n’avouerait ni ne s’avouerait cela !
Le matin même, le courrier lui a apporté, de Constantinople, une de ces lettres qu’elle ne veut pas ouvrir. Pourtant, pas plus que les précédentes, elle ne l’a brûlée. D’un geste résolu de ses doigts qui tremblaient, elle l’a enfermée, — comme on enferme les morts dans une tombe.
Mais elle n’a pu, de même, clore sa pensée, ni étouffer la plainte désespérée de son cœur qui se souvient, qui voudrait savoir et ne peut se consoler !
Dieu, qu’elle se sent effroyablement perdue dans le monde !… et seule !… Depuis le matin, l’affolante tempête gronde en elle qui est sans soutien pour la supporter… Comment peut-il y avoir des résignés qui acceptent leur destinée, si dure soit-elle !
La douce Mademoiselle serait pénétrée de confusion si elle savait avec quel intérêt, où il entre une sorte de respect, Nicole l’observe pendant leurs quelques jours de vie commune. Cette pure et humble créature éveille en elle une fugitive sensation d’apaisement. Un matin, de sa fenêtre, elle l’a vue qui revenait, sans doute, de quelque messe matinale, un livre de prières en main ; et de toute son âme, elle a envié la sérénité de ce visage que nulle pensée mauvaise n’a jamais dû voiler. La veille, de nouveau, comme elle rentrait avant le dîner d’une promenade solitaire, elle a encore aperçu Mademoiselle qui pénétrait dans l’église. Elle l’a suivie, avec la même soif un peu maladive de se reposer dans l’effleurement de cette vie limpide. Elle aurait voulu croire, prier comme Mademoiselle, elle qui ne croit ni ne prie plus. Elle voudrait la supplier de lui donner quelque chose de sa paix, de lui apprendre comment on peut oublier, pardonner, accepter l’épreuve sans révolte, renoncer au bonheur qui ne s’achète que par l’irrémédiable déchéance…
Pauvre Mademoiselle, elle n’aurait rien compris aux révoltes qui bouleversent l’âme de Nicole de Miolan… Elle lui a souri quand elle l’a trouvée devant l’église et s’est préparée à passer discrètement, ne soupçonnant guère que les beaux yeux de Nicole avaient suivi sa prière…
La jeune femme l’a arrêtée :
— Vous rentrez ? mademoiselle.