— Oh ! Guy, je ferai bien attention. Mais que j’ai donc peur de commettre une maladresse !
— N’ayez aucune crainte… Tout marchera très bien.
Son assurance m’a réconfortée. Le suisse m’attendait, discrètement impatienté de mon immobilité. J’ai entrevu la robe couleur de ciel de Madeleine qui ondoyait déjà, et, à mon tour, je me suis mise en route, ma main dans celle de Guy…
Eh bien, notre quête s’est passée avec une correction qui aurait transporté d’aise Madeleine. Sous son voile, Charlotte m’a souri ; mais Pierre m’a donné son aumône sans quitter son air pénétré. Les assistants étaient loin d’avoir le même sérieux ; les dames même n’avaient pas l’air de faire beaucoup de prières pour les mariés. Peut-être, après tout, les faisaient-elles dans leur cœur, tout à fait en dedans. J’ai reconnu plusieurs de mes danseurs du bal. Ils m’adressaient au passage des saluts bien discrets, et j’en ai entendu un qui glissait à Guy :
— Mes compliments, mon vieux.
Des compliments de quoi ?… Ce n’était pourtant pas Guy qui se mariait.
A la sacristie, ils ont recommencé des salutations plus accentuées, en défilant avec le flot des amis de ma tante et de Pierre qui, tous les deux, ainsi que Charlotte, se répandaient en sourires. Madeleine, de son côté, faisait de même. Guy, debout près de moi qui étais atteinte par la contagion, se montrait d’une pareille générosité ; cette générosité s’est même particulièrement manifestée à l’égard de Jeanne d’Estève, que j’aime de moins en moins, décidément, tout en l’admirant pour ses cheveux, — une vraie neige d’or, — son teint couleur d’ivoire, ses lèvres très rouges, sa taille ronde et mince ensemble, son usage du monde, que Madeleine me verrait posséder avec délices !!!… Au lunch, elle a été très ennuyeuse : elle accaparait Guy, elle se faisait servir par lui, elle bavardait avec lui et lui souriait de ses belles dents…
Enfin, par bonheur, comme peu à peu les invités tiraient leur révérence à ma tante, elle a bien été obligée de suivre le mouvement général. Nous nous retrouvions dans l’intimité, quand tout à coup Charlotte, disparue depuis un moment, est rentrée ; mais elle n’était plus en blanc ; elle avait son costume de voyage, son chapeau, son voile même. Pierre, non plus, n’était plus en tenue… A leur vue, voilà la sage Madeleine qui, subitement, éclate en sanglots. Je regarde ma tante avec inquiétude, et il me semble qu’elle est toute prête à faire comme Madeleine.
— Madeleine, ma petite sœur, je t’en prie, ne te fais pas ainsi de chagrin ! répétait Charlotte.
Et elle embrassait Madeleine, elle embrassait ma tante, elle m’embrassait, moi aussi, me les recommandant toutes les deux ; Pierre avait l’air de ne plus savoir où se mettre devant cette désolation. C’était une scène bien plus attendrissante que le matin, au moment des tartines !