— Est-ce que tu t’ennuies déjà auprès de nous ?

J’ai répondu un : « Oh ! non ! » bien sincère.

— Alors tu veux bien nous rester encore, passer l’hiver avec nous ?

— Mais papa !… Je ne puis le laisser seul si longtemps… Oh ! pourquoi n’est-il pas ici !…

Ma tante n’a pas répondu tout de suite. On aurait dit qu’elle réfléchissait. Enfin, elle a repris :

— Tu as eu une lettre de lui ce matin. Est-ce qu’il te réclamait ?

— Non ; il me dit, au contraire, que je ne me tourmente pas à son sujet, car il supporte très bien notre séparation, étant très occupé par beaucoup de malades à visiter.

— C’est ce qu’il m’écrit… Il y a en ce moment quelques mauvaises fièvres parmi les pêcheurs, une sorte d’épidémie. Aussi désire-t-il que tu ne reviennes pas tout de suite à Douarnenez.

J’ai senti que je devenais toute blanche.

— Oh ! ma tante, s’il allait gagner ces fièvres ! Comment peut-il croire que je resterai tranquillement ici à l’abri de cette maladie le sachant exposé ? Et cela quand Mme Morgane et Blanche sont auprès de lui !